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La dépression de l'adulte

Modification de l'humeur, troubles de la pensée et manifestations physiques sont les principaux symptômes d'une dépression. Généralement déclenchée par des événements extérieurs, la dépression semble le plus souvent résulter d'une conjonction de facteurs biologiques, génétiques, ainsi que de l'environnement social et familial de la personne.
Date : 23-02-2010


Quels sont les signes de la dépression ?

Contrairement à la déprime passagère, la dépression (ou dépression nerveuse) est un état de profonde détresse qui dure. Elle se caractérise par l'association durable de plusieurs symptômes comme une modification importante de l'humeur (tristesse permanente), une perte de motivation, une souffrance parfois insupportable et un ralentissement des gestes de la vie courante. La personne malade a un sentiment d'inutilité et d'impuissance, avec des idées morbides, voire suicidaires.

Maladie aux multiples facettes, la dépression est parfois difficile à déceler. La personne qui en souffre refuse de voir ses symptômes, ou en sous-estime l'importance. Elle ne veut pas se plaindre, se dit que « ça va passer ». C'est la raison pour laquelle l'entourage peut jouer un rôle primordial dans le diagnostic de la maladie.

Certains changements peuvent alerter : la personne n'a plus envie de pratiquer des activités qui lui plaisaient auparavant, ne fait plus de projets, est d'humeur instable, peut faire preuve d'une agressivité inhabituelle ou présente des difficultés de concentration.

Elle dort moins ou au contraire beaucoup plus, mange très peu ou grignote sans arrêt, est constamment fatiguée. Des idées sombres sont énoncées : « Je suis dans une impasse, je n'y arriverai jamais, j'ai tout raté dans ma vie, je porte la poisse, je rends les autres malheureux? » Si ce discours revient sans cesse, il faut absolument inciter la personne à consulter.

Parfois, la dépression prend des formes dites « masquées ». Elle se traduit par des manifestations physiques difficiles à associer, dans l'esprit de la personne qui en souffre, avec l'image qu'elle se fait de la dépression : troubles du sommeil, fatigue, agitation, maux de dos ou maux de ventre, troubles digestifs, vertiges, maux de tête, etc.

 

Les symptômes de la dépression

  • Cafard
  • Tristesse permanente pendant au moins deux semaines
  • Envie incontrôlable et fréquente de pleurer
  • Irritabilité
  • Perte totale d'intérêt pour les activités ordinairement agréables
  • Baisse de l'estime de soi
  • Sentiment de culpabilité
  • Anxiété ou inquiétude excessive
  • Difficultés de concentration
  • Pertes de mémoire
  • Incapacité à prendre des décisions
  • Pensées morbides qui reviennent souvent
  • Agitation ou ralentissement des gestes du quotidien
  • Perte d'énergie
  • Fatigue
  • Sommeil perturbé (insomnie ou envie de dormir excessive)
  • Perte ou augmentation de l'appétit
  • Troubles digestifs et maux de ventre
  • Maux de tête
  • Diminution du désir sexuel
  • Douleurs diffuses
  • Mal de dos
   

Coup de cafard ou dépression, comment savoir ?

Avoir un « coup de cafard » est une manifestation naturelle du psychisme. Une déprime se caractérise par un sentiment de tristesse passagère qui peut être lié ou non à des raisons précises. Cependant, si l'état psychologique ne s'améliore pas après environ deux semaines, il est important de consulter, car il s'agit peut-être d'une dépression qui s'installe.

 

Est-il normal de parfois « broyer du noir » ?

Perte d'un être cher, problèmes professionnels, soucis financiers, déception amoureuse, conflits familiaux ou autre. Tous ces événements font hélas partie, à un moment ou à un autre, du quotidien. Notre psychisme, mais aussi notre corps réagissent à ces situations. Nous nous sentons tristes, fatigués, sans énergie ou alors énervés, tendus. Souvent, nous décrivons cet état comme un « coup de déprime ».

Il peut aussi nous arriver de broyer du noir sans raison particulière, sans qu'aucun changement ne soit intervenu. C'est parfois le signe d'une insatisfaction vis-à-vis de notre mode de vie.

Ces manifestations, que même les plus optimistes connaissent sont tout à fait normales. Les médecins les considèrent comme des troubles d'adaptation, des états dépressifs mineurs non caractérisés, qui ne doivent pas être confondus avec une maladie dépressive caractérisée et ne justifient donc pas d'un traitement antidépresseur.

 

Ces moments de déprime ont-ils une fonction ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, ces moments de déprime ont une fonction d'adaptation. Nous interagissons de façon permanente avec notre environnement. Confronté à une perturbation de cet environnement, l'organisme réagit, permettant à l'individu d'adapter son comportement et ses pensées aux contraintes du monde qui l'entoure. Dans d'autres cas, ces manifestations peuvent amener à s'interroger sur sa vie, à redéfinir ses priorités pour trouver du sens à son existence, et parfois à prendre des décisions ou à provoquer un changement tel qu'un déménagement, la recherche d'un nouvel emploi ou une séparation. Une période de déprime peut être le déclencheur d'une évolution et déboucher sur un mieux-être.

 

Coup de cafard ou début de dépression ?

Dans le doute, mieux vaut consulter. Le dialogue avec un médecin permet de mettre des mots sur ses difficultés, ce qui suffit parfois pour prendre du recul et se sentir mieux. D'autre part, seul un médecin est à même de faire la différence entre un coup de blues et une dépression. En effet, si cette maladie est complexe, ses symptômes sont relativement bien connus.

Mais attention ! Même si les symptômes observés ne correspondent pas aux symptômes les plus courants, il convient de rester vigilant. Si un coup de cafard devient permanent et incompatible avec la vie quotidienne, il peut être le signe d'une dépression qui s'installe. Il ne faut donc pas hésiter à aller voir un médecin si l'état psychologique ne s'améliore pas ou si des troubles physiques apparaissent, tels que douleurs au ventre ou au dos, ou migraines. Ils peuvent signaler une dépression masquée.

 

Qu'appelle-t-on maniaco-dépression ?

Les personnes atteintes de troubles bipolaires, appelés aussi maniaco-dépression, psychose maniaco-dépressive ou dépression bipolaire, connaissent des variations de l'humeur qui sont disproportionnées dans leur durée et leur intensité. La gaieté devient euphorie exagérée, la tristesse se mue en dépression profonde. Les troubles du comportement qui accompagnent ces phases désorganisent profondément la vie de la personne maniaco-dépressive et dégradent ses relations familiales et professionnelles. Les troubles bipolaires sont une maladie distincte qui ne doit pas être confondue avec la dépression et ils nécessitent des traitements particuliers.

   

Pourquoi développe-t-on une dépression ?

« Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Suis-je responsable de cette situation ? » Ces questions assaillent généralement les personnes qui souffrent de vraie dépression. Pourtant, le malade n'est pour rien dans ce qui lui arrive. Il ne s'agit pas d'un laisser-aller ou d'une personne qui s'écoute trop, qui s'apitoie sur son sort.

La dépression est souvent déclenchée par des événements extérieurs. On sait désormais qu'il n'y a pas une cause unique à l'apparition d'une dépression, mais que la maladie résulte le plus souvent d'une conjonction de facteurs.

 

Les facteurs biologiques

Chez les malades dépressifs, on constate un déséquilibre de la chimie du cerveau, en particulier une baisse de l'efficacité de certains neurotransmetteurs (sérotonine, noradrénaline, dopamine). Or, le cerveau constitue le centre de contrôle de tout notre corps. Il est également responsable de nos émotions, de notre mémoire et de nos pensées. Cette perturbation de nature chimique entraîne progressivement un dérèglement de l'humeur et des fonctions intellectuelles et physiques.

 

Les facteurs génétiques

Les personnes ayant des parents proches qui ont souffert de dépression sont plus susceptibles d'en être elles-mêmes victimes. De nombreuses recherches ont tenté d'identifier un gène de la dépression. On pense aujourd'hui que plusieurs gènes peuvent avoir une influence sur la survenue de cette maladie.

Globalement, les gènes impliqués ne déclencheraient pas nécessairement la dépression, mais transmettraient seulement une prédisposition.

 

Les facteurs liés à l'environnement social et familial

Le surmenage, la solitude, des événements difficiles ou traumatisants (problèmes financiers ou professionnels) peuvent favoriser une dépression. Souvent, son apparition suit la perte d'une personne, lors d'un deuil, d'une séparation, du départ d'un enfant du domicile des parents, par exemple. Elle peut aussi faire suite à un changement d'état : perte du sentiment de jeunesse, d'une certaine insouciance, ou perte partielle ou totale de son autonomie, etc.

   

Qui peut être touché par la dépression ?

Personne n'est à l'abri de la dépression. On peut avoir apparemment tout pour être heureux et souffrir d'une dépression sévère. Le mode de vie a une influence. Ainsi, la solitude affective (veuvage, divorce, séparation) constitue un facteur de risque, surtout pour les hommes, de même qu'un environnement professionnel générateur de stress (licenciement, chômage, pression dans le travail, surmenage). D'autre part, certains moments de la vie comme l'adolescence, la grossesse, l'accouchement ou la survenue d'une maladie grave fragilisent l'individu, le rendant plus vulnérable à la dépression.

La dépression est une maladie qui peut toucher tout le monde à tout âge, même si la dépression est plus fréquente chez les adultes jeunes (sept dépressifs sur dix ont moins de 45 ans). De plus, hommes et femmes ne sont pas égaux devant la dépression. La maladie touche en moyenne un homme sur dix et une femme sur cinq. La raison en est peut être que les dépressions féminines sont mieux dépistées, car les femmes demanderaient de l'aide plus facilement que les hommes. De plus, les hormones sexuelles pourraient jouer un rôle, ce qui expliquerait la plus grande fréquence de la dépression féminine durant certaines périodes de fluctuations hormonales (accouchement, ménopause).

 

Baby blues et dépression post-partum

Il ne faut pas confondre le célèbre baby blues avec la dépression du post-partum. Huit femmes sur dix ressentent les symptômes du baby blues entre le deuxième et le dixième jour après l'accouchement. Ces troubles dépressifs passagers (crises de larmes, vague à l'âme) ne durent que deux ou trois jours et disparaissent spontanément. Ils sont dus aux bouleversements hormonaux provoqués par l'accouchement, à la fatigue et à la prise de conscience du nouveau rôle de mère.

Moins fréquente que le baby blues, la dépression du post-partum touche une femme sur six. Elle se manifeste quelques semaines après l'accouchement. Ses symptômes sont ceux de la dépression : tristesse, perte d'intérêt et de plaisir, difficultés de concentration, troubles du sommeil. Un sentiment de culpabilité sur une supposée incompétence maternelle, une anxiété injustifiée quant à l'état de santé de l'enfant, ou au contraire un rejet du bébé peuvent également être ressentis.

Le traitement par antidépresseurs, associé à une psychothérapie, est efficace. Dans les cas de dépressions postnatales sévères, une hospitalisation peut être envisagée. Il existe en France quelques unités spécialisées dans l'accueil des nouvelles mères sévèrement déprimées.

 

Le cas des personnes âgées

La dépression chez les personnes âgées est souvent sous-estimée. Une idée répandue voudrait qu'avec l'âge il devienne normal d'être triste, fatigué, abattu. Pourtant, la dépression chez les personnes âgées est assez fréquente, pouvant s'exprimer par une agressivité, une irritabilité, des insomnies ou encore par des symptômes qui peuvent être confondus avec des signes de démence ou de sénilité, tels que pertes de mémoire ou confusion. Si la dépression est diagnostiquée, ces manifestations disparaissent avec le traitement.

 

La dépression chez les enfants et les adolescents

Des symptômes de dépression peuvent se manifester chez les enfants, et surtout chez les adolescents. Chez ces jeunes patients, un diagnostic de dépression justifie systématiquement une prise en charge psychothérapeutique. Dans certains cas particulièrement sévères, un recours aux médicaments antidépresseurs peut être justifié.

   

Peut-on soigner soi-même un coup de cafard passager ?

Les conseils de bons sens sont souvent efficaces pour retrouver du tonus et un meilleur moral : adopter une alimentation équilibrée, pratiquer une activité sportive, penser à soi, se faire plaisir, voir des amis, sortir pour se changer les idées ou prendre quelques jours de vacances.

De plus, en France, le millepertuis a obtenu une autorisation de mise sur le marché comme traitement à court terme des manifestations dépressives légères et transitoires. L'usage de ces médicaments ne doit pas excéder quelques semaines. Bien qu'ils ne contiennent qu'un extrait de plantes, ils peuvent provoquer des effets indésirables et interagir avec d'autres médicaments.

Il ne faut jamais prendre de médicaments psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques ou somnifères) sans avis médical. Ne partagez jamais la prescription d'un ami !

 

Un traitement spécifique pour la dépression hivernale

La dépression hivernale est une forme de dépression particulière qui apparaît en automne ou en hiver et disparaît au printemps. Elle est due au déficit de soleil et de lumière naturelle. En Europe, 2 % des adultes souffrent de dépression hivernale, en particulier dans les pays du Nord ; les femmes sont quatre fois plus concernées que les hommes.

Le traitement consiste à exposer le visage du patient à une lumière spéciale, intense et blanche, pendant environ trente minutes par jour : c'est la luminothérapie . Un examen des yeux est nécessaire avant toute prescription. Dès les premiers jours, l'horloge biologique se règle à nouveau et l'état s'améliore. Les troubles s'estompent en quelques semaines. La luminothérapie se pratique surtout en milieu hospitalier, dans des services spécialisés. Des cures à domicile sont également possibles, mais les lampes anti-déprime, vendues en pharmacie, sont chères et d'efficacité mal établie. Attention ! Une consultation médicale est indispensable avant l'utilisation d'une telle lampe.

   

Comment soigne-t-on la dépression ?

La dépression est une maladie qui nécessite la mise en place rapide d'un traitement adapté. La prise en charge psychothérapeutique et la prescription de médicaments antidépresseurs sont les deux types de traitement préconisés par les médecins. Les modalités de prescription varient selon la sévérité des symptômes, les origines des symptômes dépressifs et prennent en compte les préférences du patient.

 

Un traitement pour chaque type de dépression

  • On peut soigner la dépression en jouant sur deux registres complémentaires : les médicaments antidépresseurs et la psychothérapie. Face à une dépression légère ayant peu d'impact sur la vie quotidienne, un médecin généraliste recommande plutôt un soutien psychothérapeutique. Si l'épisode dépressif est plus gênant (caractérisé mais modéré), il prescrit un antidépresseur et éventuellement une psychothérapie.
  • Si l'épisode est plus caractérisé (symptômes nombreux, intenses et durables), il prescrit un traitement antidépresseur, exerce un soutien psychothérapeutique et conseille parfois une psychothérapie.
  • Si le contexte est complexe, si la dépression semble résister aux traitements, si la personne malade le désire ou si elle a déjà connu des troubles psychiatriques, le médecin généraliste peut adresser son patient à un psychiatre.
  • Si des hallucinations ou des idées délirantes sont associées à la dépression, des médicaments neuroleptiques peuvent être prescrits.
  • L'hospitalisation est réservée aux cas où le risque de suicide est réel, aux formes très sévères avec symptômes physiques importants, ou lorsque le patient est très isolé.
 

Les médicaments sont-ils efficaces ?

L'efficacité des antidépresseurs est scientifiquement et cliniquement prouvée pour certaines catégories de dépression. Il faut insister sur le fait que ces médicaments sont réellement nécessaires dans le traitement des dépressions caractérisées, d'intensité modérée ou sévère, mais pas dans les formes mineures.

Certains malades refusent encore ce traitement, car ils pensent que leur volonté peut suffire à aller mieux, ou parce qu'ils ont peur de devenir dépendants du médicament. Ces deux idées sont fausses. La dépression est une maladie et dans la majorité des cas, il est très difficile de s'en sortir seul. Lorsque nous sommes atteints d'une autre maladie quelconque, nous n'hésitons pas à nous faire soigner.

Contrairement aux médicaments de l'anxiété, les antidépresseurs ne comportent aucun risque de vraie dépendance. Il faut simplement respecter la prescription du médecin et ne pas arrêter le traitement trop tôt ou brutalement, pour éviter les rechutes et les symptômes liés à l'arrêt du traitement.

Parfois, le traitement prescrit reste sans effet. Le médecin peut alors essayer une nouvelle substance, plus adaptée au patient. Il existe cependant des dépressions dites « résistantes », contre lesquelles les traitements médicamenteux sont peu, ou pas efficaces. Des séances de sismothérapie (électrochocs) sont parfois nécessaires.

 

La psychothérapie est-elle un traitement de la dépression ?

La psychothérapie permet de travailler sur les aspects psychologiques et sociaux qui peuvent être liés à l'épisode dépressif. Les psychothérapies occupent une place importante dans le traitement de la dépression, notamment lorsque la personne se sent plus motivée grâce à l'action positive des antidépresseurs sur l'humeur. Dans les dépressions légères à modérées, la psychothérapie seule semble être aussi efficace que l'association psychothérapie et antidépresseurs.

Plusieurs types de psychothérapies peuvent permettre de prendre conscience des mécanismes psychiques qui se trouvent à l'origine de la souffrance mentale. Certaines sont plus indiquées dans le traitement d'une dépression.

Les psychothérapies cognitives et comportementales sont un traitement à court et moyen terme, très orienté sur la gestion de la crise en cours. Elles visent à modifier les pensées et les comportements qui peuvent déclencher ou perpétuer des épisodes dépressifs. Ces thérapies, qui durent quelques mois, peuvent aider les personnes qui souffrent de dépression légère ou modérée à sortir de leur dépression. Elles peuvent également contribuer à prévenir les rechutes.

Les psychothérapies d'inspiration psychanalytique vont permettre d'appréhender ce qui, dans l'enfance et l'éducation, a stoppé l'évolution harmonieuse de l'individu et entraîné un schéma de vie inadapté. En comprenant ces événements, la personne malade peut, avec l'aide de son entourage, changer d'attitude. Ces thérapies sont plus longues que les précédentes et visent un objectif qui va au-delà de la résolution de la crise en cours. Elles sont généralement initiées lorsque la phase aiguë de la dépression a été soignée.

 

L'écoute du médecin généraliste

Lorsqu'on est déprimé, il est important de pouvoir parler à un professionnel dont le regard extérieur et l'écoute attentive contribuent à soulager la souffrance. Les personnes qui refusent de voir un psychothérapeute ou qui n'en disposent pas dans leur voisinage peuvent néanmoins bénéficier de l'écoute de leur médecin généraliste. En effet, les praticiens de médecine générale voient de nombreuses personnes souffrant de symptômes dépressifs et possèdent souvent une solide expérience dans l'écoute et le soutien de ces patients.

   

Les médicaments contre la dépression

Les antidépresseurs sont prescrits pour soulager les symptômes de la dépression, en particulier la tristesse et le ralentissement moteur qui caractérisent cette maladie. Ce ne sont pas des médicaments euphorisants et ils restent sans effet sur les personnes ne souffrant pas de troubles dépressifs. Certains d'entre eux sont également utilisés pour le traitement de certaines formes d'anxiété ou de la boulimie, ou pour corriger des troubles émotionnels dans le cadre d'autres maladies psychiques. Leur usage ne se justifie que si les symptômes permettant de caractériser une véritable dépression entraînent un handicap ou un risque pour la personne, et ce en complément d'une prise en charge psychothérapeutique.

Leurs effets bénéfiques ne se font sentir qu'après plusieurs semaines de traitement (de deux à six semaines). Pour cette raison, un traitement anxiolytique d'action plus rapide est souvent prescrit au début du traitement. Il est progressivement arrêté lorsque les effets des antidépresseurs commencent à se faire ressentir.

 

Existe-t-il des antidépresseurs naturels ?

Rien ne peut remplacer un médicament antidépresseur pour soigner une dépression. Dans la phase initiale du traitement, la souffrance dépressive est telle que toutes les choses habituellement agréables ne peuvent être ressenties. En revanche, lors de la phase d'amélioration, de meilleures conditions et une bonne hygiène de vie peuvent favoriser la réussite du traitement. Les personnes qui font régulièrement du sport, par exemple, répondent parfois mieux et plus rapidement aux antidépresseurs que celles qui n'ont pas d'activité physique.

Il faut se méfier de l'alcool, dont l'effet euphorisant est trompeur. Les premiers effets de l'ivresse passés, l'alcool peut aggraver l'état dépressif, et sa consommation est tout à fait déconseillée pendant un traitement antidépresseur.

 

Faut-il associer un anxiolytique à un antidépresseur ?

En raison des mécanismes d'action des antidépresseurs dans le cerveau, il faut souvent un laps de temps de quelques semaines pour faire ressentir les effets bénéfiques. Il est assez fréquent que le médecin prescrive, en début de traitement par antidépresseur, un anxiolytique de la famille des benzodiazépines.

Deux raisons principales peuvent le justifier. Si la souffrance du malade est très grande, l'anxiolytique peut agir en quelques heures sur certains symptômes, comme l'anxiété et l'insomnie, et ainsi soulager rapidement le patient. D'autre part, si la personne dépressive a de fortes tendances suicidaires, la prise d'un anxiolytique permet de minimiser le risque de passage à l'acte en attendant que les antidépresseurs fassent leur effet. Mais cette prescription doit être temporaire. Les anxiolytiques ne soignent pas la dépression et ne doivent pas être pris pendant plus de quelques semaines. Au-delà, leur action est diminuée et le risque de dépendance est réel.

Dans les cas où la dépression est compliquée par des troubles anxieux persistants, le médecin peut choisir de prescrire un antidépresseur actif également contre les troubles anxieux.

   

Que peut-il arriver si une dépression est mal soignée ?

Il arrive que des personnes souffrant de dépression guérissent sans traitement. Cette guérison spontanée intervient après plusieurs mois ou années. Cependant, les épisodes de dépression auront de grandes probabilités de se répéter chez les deux tiers de ces personnes et quelques-unes connaîtront un état dépressif permanent. L'autre tiers n'en sortira pas totalement indemne. La très grande majorité souffrira toute sa vie de symptômes invalidants (anxiété, troubles du sommeil, mauvaise estime de soi) et éprouvera des difficultés à s'intégrer dans la société et à mener une vie équilibrée et heureuse. Certaines personnes développent une alternance de phases d'euphorie et de dépression, ce sont les troubles bipolaires.

Le principal risque d'une depression non traitée ou mal traitée est le suicide. Sur dix personnes ayant mis fin à leurs jours, sept étaient des malades dépressifs, pour la plupart non soignés. Chaque année, en France, 8 400 morts seraient ainsi causées par la dépression. Le risque de suicide est considérablement augmenté si la personne dépressive souffre en même temps de troubles anxieux persistants.

   

Peut-on rechuter après une dépression ?

Dans la dépression, les risques de rechute sont importants, surtout si le traitement n'a pas été correctement suivi lors du premier épisode dépressif. Dans la moitié des cas, la rechute survient dans un délai de deux ans. Elle peut être évitée par un traitement à long terme et le suivi régulier d'une psychothérapie. Il ne suffit pas d'aller voir un psy deux ou trois fois, puis de se dire : « C'est bon, j'ai fait le tour de la question, je n'en ai plus besoin. »

Généralement, les rechutes se multiplient et s'accélèrent : la durée des intervalles entre deux épisodes dépressifs diminue avec le temps. Une personne qui a déjà fait un épisode dépressif a une chance sur deux d'en faire un autre au cours de sa vie.

Quatre malades sur dix ne respectent pas la stratégie thérapeutique décidée avec leur praticien et arrêtent les médicaments après moins de trois mois de traitement, sans en parler avec leur médecin. En cas de rechute, celle-ci se manifeste rapidement, le plus souvent dans les deux mois qui suivent l'arrêt prématuré du traitement. Un manque d'information sur l'intérêt d'un suivi correct du traitement et sur la fréquence des rechutes est certainement responsable en partie de cette situation.

Il existe également des facteurs de risque qui favorisent les rechutes. Si une personne est vulnérable psychiquement et qu'elle ne suit pas une psychothérapie lui permettant d'apprendre à affronter les aléas de la vie, l'apparition d'un nouvel événement douloureux ou perturbant pourra déclencher un nouvel épisode dépressif. Là encore, les femmes sont les plus mal loties. Il y a 22 % de récidives chez les femmes, contre 13 % chez les hommes. Par ailleurs, les personnes âgées subissent davantage de dépressions chroniques, et leurs rechutes sont plus fréquentes.

En revanche, l'entourage affectif et social joue un rôle important dans la prévention des rechutes. Les malades divorcés ou veufs et les personnes ayant peu de relations sociales font davantage de rechutes que celles qui bénéficient du soutien de leur entourage.

  • Les personnes ayant connu plusieurs épisodes de dépression peuvent bénéficier d'approches complémentaires pour éviter une récidive : un traitement médicamenteux au long cours (éventuellement sur plusieurs années) ; certains antidépresseurs ont été particulièrement étudiés dans la prévention des récidives ;
  • une thérapie cognitive pour apprendre à reconnaître des pensées négatives dites automatiques (qui apparaissent de manière quasi-réflexe face à certaines situations) et leur apprendre à leur substituer une vision plus positive des choses ;
  • éventuellement, si le patient en a le désir, une démarche de type psychanalytique visant à identifier les causes profondes et anciennes qui contribuent à l'apparition des symptômes dépressifs.
   

Comment soutenir une personne dépressive ?

La dépression bouleverse la vie de la personne atteinte, mais aussi celle de son entourage. Vivre avec un dépressif, c'est souvent se sentir impuissant, inquiet pour sa santé, parfois pour sa vie. La famille et les amis peuvent néanmoins jouer un rôle important pour aider la personne concernée à sortir de sa depression.

 

Écoute et compréhension

Nous nous sentons souvent démunis face à une personne souffrant de dépression. Nous sommes désemparés de la voir souffrir sans pouvoir agir. Pourtant, même si ce proche a besoin avant tout d'une aide médicale, nous pouvons l'épauler, tout d'abord pour qu'il ou elle accepte de se faire soigner, ensuite pour le soutenir pendant cette période de traitement en manifestant un soutien moral, en faisant preuve d'écoute et de compréhension, en encourageant le patient à prendre régulièrement ses médicaments ou en surveillant l'évolution de la maladie.

Il faut avant tout être vigilant. Si vous pensez qu'un de vos proches est dépressif, parlez-en avec lui. Suggérez-lui de consulter un médecin, en faisant preuve d'écoute et de compréhension. Si vous êtes à court d'arguments, pourquoi ne pas lui faire lire ces pages pour le convaincre ? Il sera peut-être soulagé de reconnaître les symptômes de sa maladie et de mettre enfin des mots sur son mal-être.

Vous devez accepter vous-même que votre proche soit atteint par cette maladie. C'est parfois difficile, car l'entourage se culpabilise souvent, se sentant en partie responsable de cette situation. Évacuez ces questionnements. La priorité est le mieux-être du malade.

En cours de traitement, il est très important que les proches du malade l'encouragent à prendre régulièrement ses médicaments, en insistant sur l'intérêt des antidépresseurs et sur l'absence de dépendance à ce type de produits.

La dépression est parfois un voyage au long cours. La famille et les amis sont les accompagnateurs privilégiés du malade dépressif pour le guider vers la guérison.

 

Ce qu'il ne faut ni dire ni faire

  • Les dépressifs ne peuvent pas agir sur leur maladie. Il est donc inutile de faire appel à leur volonté pour s'en sortir. « Bouge-toi, remue-toi, tu n'as qu'à te secouer » sont des phrases inutiles et dangereuses. Par de tels comportements, on peut même aggraver la situation, car le malade se sentira incompris ou culpabilisera, ce qui augmentera sa souffrance.
  • N'essayez pas non plus de minimiser son état de souffrance en lui disant, par exemple : « Mais non, tu n'as pas l'air si mal que ça. C'est un petit coup de blues, ça va passer. » Vous ne feriez que le détourner de son traitement. Rappelez-vous que les dépressions sont des maladies graves, pas un caprice ni une simple déprime.
  • Il est préférable d'éviter au malade des changements importants (par exemple un déménagement) au cours de sa dépression. Les personnes dépressives éprouvent de grandes difficultés à prendre des décisions. Certaines en sont même incapables, et leur demander de faire un choix peut les placer dans un désarroi total.
  • Lorsque la personne suit un traitement, il ne faut jamais l'approuver si elle confie son désir d'arrêter ses médicaments. L'entourage doit au contraire tout faire pour l'en dissuader.
  • N'hésitez pas à discuter ouvertement du risque de suicide avec une personne dépressive. En parler est le meilleur moyen d'évaluer le danger. Ne cherchez pas à remettre en cause ces idées de mort, contentez-vous de montrer à la personne que vous la comprenez. Parfois, le silence vaut mieux qu'une litanie de conseils impossible à suivre.
   

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