Pourquoi prend-on des risques avec sa santé ?
Adopter un comportement de prévention, c'est d'abord être conscient du risque qu'il y aurait à ne pas le faire. Ensuite, chacun compare ce risque à ce qu'il ou elle est prêt à accepter et fait le point des contraintes et des bénéfices qu'impliquerait un changement de comportement. Au coeur de la prévention-santé, il y a donc la notion de risque.
Date : 30-07-2009
Qu'est-ce que le risque ?
Le risque est une action qui peut déboucher sur un accident ou un problème de santé. En prenant un risque, on augmente la probabilité de survenue d'un événement défavorable au maintien de la santé. La plupart du temps, le comportement à risque paraît inoffensif car il ne débouche que rarement sur un accident. Par exemple, rouler à vélo sans casque n'a, la plupart du temps, aucune conséquence sur la santé. Si sauter d'un avion sans parachute est un risque que nous refusons de prendre (car nous savons que c'est la mort assurée), nous négligeons parfois de mettre notre ceinture de sécurité (parce que les accidents de la circulation sont relativement rares). Cette caractéristique de nombreux risques rend la prévention-santé difficile à appliquer.
Dans le domaine de la santé, de nombreux comportements à risque ne le sont que dans la durée. Manger une portion de frites n'expose à aucun risque grave, mais en manger tous les jours expose à l'obésité et aux maladies cardiovasculaires. Cette notion de risque sur la durée constitue un autre obstacle à l'adoption de mesures de prévention. Pour les appliquer de manière durable, nous devons être persuadé que le risque existe et, surtout, continuer à l'être jour après jour.
Comment évaluons-nous le risque ?
Pour adopter des mesures de prévention-santé, il faut être persuadé de l'existence d'un risque et en mesurer l'importance. En effet, nous n'acceptons de changer de comportement que lorsque nous percevons un risque suffisamment important pour justifier de nous restreindre ou de nous forcer.
Percevoir la gravité du risque
Il nous faut l'admettre : notre perception de la gravité d'un risque est souvent (voire toujours !) faussée. En effet, nous avons tendance à confondre la gravité du risque et la gravité de l'accident qu'il engendre. Par exemple, les accidents d'avion ont d'horribles conséquences qui nous font croire que prendre l'avion est risqué. Dans ce cas, nous confondons le risque d'accident en avion (qui est plus faible que celui pris en conduisant une voiture) avec le risque de conséquences graves en cas d'accident d'avion (qui est supérieur à celui d'un accident de voiture).
De plus, les médias jouent un rôle considérable dans notre perception du risque. Par exemple, les psychoses de la maladie de la vache folle ou de la grippe aviaire étaient totalement injustifiées au regard du risque réel. Autre exemple, les maladies cardiovasculaires (infarctus, accidents vasculaires cérébraux, etc.) tuent davantage que les cancers, mais nous consacrons plus d'énergie (et d'argent) à éviter les pesticides qu'à manger moins gras et à faire du sport !
L'évaluation du risque peut également être faussée lorsqu'on prend en compte certaines données plutôt que d'autres. Par exemple, si l'on se fie au nombre de décès, les trois principales maladies mortelles en France sont les maladies cardiovasculaires, les cancers et les maladies infectieuses. Mais si l'on se penche sur les causes des maladies qui tuent dans notre pays, on se rend compte que les trois principales causes sont l'obésité, le tabagisme et l'abus de boissons alcoolisées. Soudain, changer ses habitudes prend davantage de sens.
La notion de risque acceptable
Dans la gestion de nos comportements, nous comparons sans cesse le risque perçu avec le risque que nous sommes prêts à accepter. Par exemple, les fumeurs connaissent le risque de cancer qu'ils encourent mais le considèrent acceptable. Cette notion de risque acceptable est déterminée par de très nombreux facteurs. Quelques exemples :
- certaines personnes sont « naturellement » prudentes ou casse-cou. Leur personnalité et leur éducation ont façonné un certain rapport avec le risque en général. Par exemple, certains d'entre nous ont un seuil élevé de risque acceptable qui va se traduire par des comportements très diversement dangereux : vitesse excessive, abus d'alcool ou de drogues, risques financiers, pratique des sports extrêmes, etc.
- la notion de risque acceptable peut varier au cours d'une vie. Par exemple, un homme extrêmement risque-tout peut devenir beaucoup plus prudent à la naissance de son premier enfant, ou lorsqu'il se lance dans un projet personnel qui lui tient très à coeur. Inversement, une personne jusque-là raisonnable peut soudainement adopter des comportements à risque lors de dépression liée à un coup dur (chômage, deuil, etc.).
- la notion de risque acceptable peut également varier selon les conditions de la prise de risque. Par exemple, le conducteur d'une grosse berline qui flirte régulièrement avec les 200 km/h sans se sentir en danger peut être mal à l'aise à 110 km/h dans une vieille 2CV !
Le rôle central du rapport coût/bénéfice
Dans nos décisions en matière de santé, nous effectuons toujours (plus ou moins consciemment) des opérations de balance entre les coûts estimés et les bénéfices attendus. Cette comparaison se fait dans la prise de risque (le coût est le risque estimé, le bénéfice l'avantage retiré de la prise de risque) comme dans l'adoption d'une mesure de prévention (le coût est alors l'ensemble des contraintes et des efforts, le bénéfice une meilleure santé).
Lorsque les bénéfices dépassent largement les coûts, la décision est prise facilement. Mais lorsque coûts et bénéfices semblent se valoir, nous hésitons. Nous entrons dans un état dit d'ambivalence.
Les mesures destinées à favoriser la réduction de prise de risque vont s'appuyer sur ce rapport coût/bénéfice pour essayer de faire systématiquement pencher la balance vers les bénéfices. Lorsque ce but est atteint, la personne est convaincue du bien-fondé du changement de comportement et elle trouve dans cette conviction la motivation indispensable au changement.
Comment favorise-t-on la réduction de la prise de risque ?
Diverses techniques sont mises en oeuvre pour faire pencher la balance du côté des bénéfices.
Diminuer le coût des comportements de prévention
Comment diminuer le coût perçu des mesures de prévention (contraintes, efforts, etc.) ? Essentiellement en proposant des mesures réalistes et relativement faciles à mettre en pratique. En effet, des conseils perçus comme irréalisables démotivent. Lors de la mise en place de la campagne « Cinq portions de fruits et légumes par jour » par le Programme national nutrition santé, certains nutritionnistes ont protesté contre ce qu'ils considèrent comme un conseil difficile à mettre en pratique. Ils ont fait valoir que le respect de cette mesure compliquait considérablement la vie des mères de famille. En comparaison, « boire moins de deux verres de boisson alcoolisée par jour » est une mesure plus facile à comprendre et à mettre en oeuvre.
Le coût des comportements de prévention peut également être diminué en facilitant l'accès à des outils accompagnant le changement de comportement souhaité : remboursement des substituts nicotiniques à hauteur de 50 euros par an, accès au préservatif à prix réduit, consultations de dépistage gratuites, etc.
Augmenter les bénéfices perçus
Valoriser les bénéfices attendus est un moyen efficace de faire pencher la balance du bon côté. Par exemple, mettre en avant les bénéfices esthétiques de l'arrêt du tabac (peau plus lisse, teint plus éclatant) ou bien faire ressortir les bénéfices de l'exercice physique sur le bien-être psychique.
Augmenter le coût des comportements à risque
Dans ce cas, la notion de coût peut être prise au sens le plus littéral. L'augmentation régulière du prix des cigarettes en est un exemple. Il peut également s'agir d'amendes plus élevées en cas d'excès de vitesse, ou de la création du permis à points.
Favoriser la réflexion sur le rapport coût/bénéfice
Enfin, il est possible de faire pencher la balance du bon côté en aidant les citoyens à mieux faire la part des choses. Ce travail d'éducation et de sensibilisation est un effort permanent, à l'école et sur le lieu de travail, dans la presse, par les campagnes publicitaires ou la distribution de brochures d'information ciblées. En France, l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (Inpes) est chargé de ce travail.






